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Tupac et Biggie: de l'amitié à la guerre

  • Publié par Funky Thug
  • Il y a 8 mois
  • Genre: rap
  • 544 vue(s)

Les deux morts les plus célèbres du rap des années 1990 sont passés de camarades à ennemis à la suite d'une mystérieuse fusillade.

L'article suivant est tiré de l'ouvrage Original Gangstas: The Untold Story of Dr.Dre, Eaze-E, Ice Cube, Tupac Shakur, and the Birth of West Coast Rap de Ben Westhoff, publié le 13 septembre aux éditions Hachette Book Group à l'occasion du 20e anniversaire de la mort de Tupac Shakur.

Tupac et Notorious B.I.G. se sont rencontrés pour la première fois en 1993 à Los Angeles. Alors qu'il était là pour parler affaires, le rappeur originaire de Brooklyn avait demandé à un dealer du coin de lui présenter Tupac Shakur. Ce dernier a accepté et a même invité Biggie et ses gars dans sa maison. Il leur a offert un « énorme sac de congélation rempli d'herbe », affirme Dan Smalls, un stagiaire qui bossait pour le label de Biggie et qui était présent sur les lieux.

Une fois que tout le monde était défoncé, Tupac a sorti un sac rempli de flingues. « Voilà, on en était là : à se marrer avec des flingues dans son jardin », a précisé Dan lors d'une interview pour The Fader. « Heureusement, ils étaient tous déchargés. Alors qu'on courait dans tous les sens, Tupac est allé dans la cuisine et a commencé à nous faire à bouffer. Il nous préparait des steaks. On était en train de fumer et de boire et tout à coup, Tupac s'est pointé devant nous en nous disant que c'était prêt. Alors on a débarqué dans la cuisine pour bouffer des steaks avec des frites, du pain et du Kool-Aid. On était tous assis là à manger, boire et se marrer. Et vous savez quoi, c'est vraiment à ce moment-là qu'est née l'amitié entre Biggie et Tupac. »

« On pensait tous que c'était un putain de rappeur », m'a affirmé E.D.I. Mean, un ami de longue date de Tupac et membre des Outlawz. Tupac Shakur avait d'ailleurs offert une bouteille de Hennessy à Biggie. À chaque fois qu'il venait en Californie, Biggie squattait le canapé de Tupac, et quand ce dernier débarquait à New York il passait prendre Biggie pour l'emmener faire un tour du quartier dans une limousine blanche. Il jouait même aux dés avec des gars du coin.

Les deux rappeurs s'étaient affrontés lors d'un concert au Madison Square Garden en 1993, avec un Biggie qui déchaînait les foules. En dehors de cet aparté dans Manhattan, Biggie n'était pas connu en dehors de Brooklyn. Tupac, lui, était le boss. Il était déjà disque de platine et avait fait son apparition dans plusieurs films. Biggie et d'autres jeunes rappeurs se réunissaient dans des studios d'enregistrement ou des chambres d'hôtels pour écouter Tupac expliquer comment percer dans le milieu. « Tupac nous instruisait tous, poursuit ED.I. Mean. On était captivés par l'énergie qu'il déployait. On buvait ses paroles. »

Tupac s'intéressait de très près à Biggie. Il le formait et le laisser monter sur scène lors de ses concerts. Biggie lui avait même dit qu'il souhaitait rejoindre l'un de ses groupes, Thug Life.

« C'est moi qui ai formé ce mec. J'étais le chef et lui mon lieutenant », racontait Tupac.

Il prétendait d'ailleurs être directement à l'origine du style de Biggie. « J'avais l'habitude de dire aux mecs : ''Si tu veux faire de la thune, il faut que tu rappes pour les putes. Ne rappe pas pour les mecs de ton quartier.'' Les putes achèteront ton disque, et les mecs veulent ce que veulent les putes », prédisait-il.

Pour prouver que Biggie avait eu besoin de son aide, il montrait qu'il y avait une différence flagrante entre ses anciens morceaux et les nouveaux. Il prenait l'exemple du très agressif « Party and Bullshit », qu'il comparait aux titres tirés de son premier album Ready to Die, comme « Big Poppa », qui parlaient davantage aux femmes.

Party And Bullshit - Avant Ready To Die

One More Chance - Après Ready To Die

Avant la sortie de Ready to Die, Biggie avait peur d'échouer. Le label sur lequel il avait signé – Bad Boy Records, fondé par P. Diddy – n'avait pas encore percé. Il se plaignait car les choses n'avançaient pas assez vite à son goût. Il avait demandé à Tupac de devenir son manager. Il espérait rencontrer le même succès musical et cinématographique. « Ça faisait un an que Biggie portait les mêmes Timberland alors que Tupac dormait au Waldorf Astoria, s'achetait des Rolex et sortait avec Madonna », m'a raconté E.D.I. Mean.

Mais Tupac refusa. « Non mec, reste avec Diddy, lui a-t-il répondu. C'est lui qui fera de toi une star. »

Alors qu'il était présent à New York pour le tournage du film Above the Rim en 1994, Tupac s'est rapproché de truands venus du Queens. À l'écran, il incarnait Birdie – un jeune gangster trafiquant qui voulait devenir basketteur professionnel – et s'inspirait d'un Haïtien qui n'arrêtait pas de dépenser tout son fric, un certain « Haitian Jack » Agnant.

Tupac avait remarqué Haitian Jack dans un club de Manhattan. Il était entouré de femmes et de champagne et Tupac avait demandé qu'on l'introduise dans ce cercle. Jack et Tupac se sont mis à passer beaucoup de temps dans un bar du Queens, où Jack lui présentait des célébrités telles que Madonna, Shabba Ranks et le musicien jamaïcain Buju Banton. Biggie, qui traînait dans le même milieu qu'Haitian Jack et son crew, avait conseillé à Tupac de se tenir à distance de ce type. En vain.

Tupac aimait l'assurance que Jack dégageait. Il ressemblait à l'un de ces gangsters locaux qui tiennent les rues. « Il admirait le respect auquel j'avais droit à New York, et je pense qu'il m'enviait », a précisé plus tard Haitian Jack.

Ils étaient tous les deux au Nell's – un club de Manhattan – en novembre 1993 lorsque Tupac rencontra une jeune femme âgée de 19 ans : Ayanna Jackson. Ils se sont rapprochés sur la piste et Tupac l'a ramenée à son hôtel, Le Parker Meridien. Quatre jours plus tard, elle l'a revu dans un hôtel. Mais cette fois-ci, Tupac n'était pas seul. Haitian Jack était là, tout comme le manager de la tournée de Tupac, Charles « Man Man » Fuller, et un autre type non identifié. Ayanna Jackson dit avoir été violée par l'ensemble du groupe.

De son côté, Tupac affirme avoir quitté la chambre quand les autres gars sont entrés, avant de s'endormir. Elle a appelé la police, et Tupac, Haitian Jack et Fuller ont été arrêtés. La police a également trouvé des armes à feu. Tupac a déclaré plus tard qu'elles appartenaient à Biggie.

Le procureur accusa Tupac, inculpé pour agression sexuelle et port d'armes illégal, d'avoir « offert » Ayanna Jackson en récompense à ses potes. Tupac nia les faits mais avoua regretter de ne pas être intervenu pour défendre la jeune femme. Avant le début du procès, les dossiers de Fuller et Tupac furent séparés de celui de Jack. Jack avait plaidé coupable pour deux des accusations énoncées et avait ainsi évité la prison. Tupac, persuadé qu'Haitian Jack était une balance, a affirmé au New York Daily News que le truand l'avait piégé. Ayanna Jackson et Haitian Jack ont tout nié en bloc.

Accuser dans la presse un gangster renommé n'est pas sans conséquence. Après avoir passé pas mal de temps en compagnie de Jack et de ses gars, Tupac commençait à se sentir invincible. Il allait où il voulait et arborait des bijoux clinquants valant plusieurs milliers de dollars. Il était persuadé que personne ne viendrait se mesurer à lui.

Les comptes en banque de Tupac fondaient malgré tout à vue d'œil. Il donnait de l'argent à toute sa famille et se ruinait en avocats. En 1994, il accepta d'enregistrer un couplet sur un morceau du rappeur Little Shawn, un proche de Biggie et P. Diddy. L'invitation avait été lancée par le manager de Little Shawn, Jimmy ''Henchman '' Rosemond, que Tupac avait déjà rencontré par l'intermédiaire de Haitian Jack. Tupac devait être payé 7 000 dollars.

Le 30 novembre 1994, Tupac est arrivé défoncé chez Quad Recording Studios, dont les bureaux sont situés à Times Square. Il était avec trois mecs de son crew. Ils sont rapidement tombés nez à nez avec trois gars qu'ils ne connaissaient pas, vêtus de treillis. C'était une mode à Brooklyn, alors Tupac ne s'est pas inquiété. Il a même été rassuré quand Lil'Cease, un rappeur proche de Biggie, lui a dit que ce dernier enregistrait un morceau en haut. P. Diddy était là lui aussi.

Mais avant que Tupac et les autres ne montent dans l'ascenseur, les hommes en treillis ont sorti des flingues et leur ont demandé de se mettre à terre. Tupac a alors sorti son arme. Il a reçu des balles, s'est fait passer à tabac. On lui a volé ses bijoux. Il a fait semblant d'être mort et les assaillants sont partis. Il a emprunté tant bien que mal l'ascenseur pour se rendre à l'étage. Lorsqu'il a ouvert la porte, ils étaient tous là : Diddy, Biggie et Henchman. Tupac a déclaré que le groupe semblait étonné de le voir encore en vie mais P. Diddy soutient qu'ils ne lui montraient que de « l'amour et de l'inquiétude ».

Pour Tupac, ça n'avait rien d'un vol spontané. « Ils se sont acharnés contre moi », a-t-il affirmé. Il dit avoir reçu cinq balles, dont certaines à la tête et au scrotum, alors que des preuves médico-légales laissent entendre qu'il se serait tiré dessus.

Un ancien flic de la police new-yorkaise, familier des affaires liées au milieu du hip-hop, pense que ce braquage était la réponse de Haitian Jack aux propos de Tupac dans le Daily News. Selon lui, « il voulait lui faire passer un message ».

« Ils ne sont pas venus pour le braquer », a raconté Henchman à Vibe en 2005, « mais pour l'éduquer ».

Diddy et Biggie ont nié toute implication dans cette attaque, tout comme Haitian Jack. À la suite d'une nouvelle condamnation en 2007, Jack a été expulsé vers Haïti.

Le 1er décembre 1994, Tupac se rendit au tribunal de New York dans un fauteuil roulant, le corps couvert de bandages. Il fut reconnu coupable d'agression sexuelle dans l'affaire Ayanna Jackson mais fut relaxé en ce qui concerne le port d'armes à feu. En attendant de faire appel, Tupac fut condamné à la peine minimale – à savoir un an et demi de taule. Sa caution était fixée à trois millions de dollars.

N'ayant aucun moyen de la payer, Tupac a purgé sa peine dans le centre de détention de Clinton, une prison de haute sécurité située au nord de l'État de New York. Alors qu'il venait à peine d'être incarcéré, son troisième album – Me Against the World – sortait. C'était son chant du cygne. Il était las de toutes ces histoires dramatiques liées à l'industrie musicale. En fait, sa passion pour le rap ne revint que lorsqu'il apprit qu'une rumeur se propageait dans le milieu : Biggie aurait su à l'avance ce qui allait se passer chez Quad Recording.

« Il n'aurait pas dû tourner la tête et se comporter comme s'il ne savait pas que des mecs venaient pour me buter », a-t-il affirmé plus tard. Même s'il n'était pas l'instigateur de l'attaque, Biggie aurait pu aider Tupac à retrouver les assaillants. « Tu ne sais même pas qui cherche à me tuer dans ton propre quartier, des mecs de chez toi ? »

Tupac voyait les choses ainsi : son pote l'avait trahi. Un pote que Tupac avait mené sur le chemin du succès et de la fortune.

Encore en prison, Tupac demanda à sa femme Keisha Morris (qu'il avait épousé en détention) de transmettre un message à Suge Knight, le fondateur de Death Row Records : Tupac était ruiné et il avait besoin d'aide. En plus des honoraires d'avocats, sa mère avait perdu sa maison.

« Suge lui a envoyé 15 000 dollars », m'a précisé Reggie Wright Jr., chef de la sécurité chef Death Row. Tupac était ravi et a demandé à voir Suge.

On pouvait difficilement faire plus loin que Los Angeles - New York, là où Tupac était incarcéré, mais Suge est quand même venu le voir. Il lui offrit quelque chose que personne d'autre ne pouvait lui offrir : sa libération. L'avocat de Death Row David Kenner promit d'aider Tupac.

Suge n'essayait pas seulement de faire signer Tupac sur son label, il lui offrait une place au sein de sa famille, la plus puissante et incontrôlable du hip-hop.

Quand Suge lui rendit de nouveau visite en août 1995, Tupac était encore incarcéré. Le 3 août se tenait une cérémonie de récompenses organisée par le magazine hip-hop Source. Elle avait lieu au Paramount Theater, situé à l'intérieur du Madison Square Garden. Death Row avait dépensé 100 000 dollars pour la cérémonie d'ouverture, qui comprenait des reproductions de cellules grandeur nature.

Le cœur battant à tout rompre, Suge débarqua sur la scène pour récupérer le prix de la meilleure musique de film, attribué au label pour Above the Rime. La mine renfrognée, il jeta quelques piques acerbes en direction de P. Diddy, le boss de Bad Boy Records – le label de Biggie. Il fit allusion à la tendance qu'avait Diddy à s'incruster dans les disques de ses artistes. Suge déclara : « Tous les artistes présents veulent devenir des artistes et le rester. Ils ne veulent pas se préoccuper de savoir si le producteur est bien dans toutes les vidéos, sur tous les enregistrements. Venez chez Death Row. »

Son discours prit fin sous les huées du public.

Qu'est-ce qui a poussé Suge à proférer ces attaques ? Après tout, lui et Diddy étaient en assez bons termes jusqu'à cet instant. Ils s'arrangeaient pour ne pas se faire suivre par les flics. Plus tôt dans l'année, Suge avait même invité Biggie sur la scène de son Club 662, situé à Las Vegas. Le concert n'avait pas pu se faire, mais ça n'avait pas dégradé leurs relations.

En fait, leur différend se nommait Tupac.

Juste après les Source Awards, Suge s'envola pour rendre visite à Tupac en prison. C'est à ce moment-là que Tupac accepta de signer sur le label et qu'il lui avoua qu'il ressentait beaucoup de haine à l'égard de Biggie.

D'après Reggie Wright Jr., Tupac s'était confié à Suge. « J'ai besoin de ton aide parce que je vais démolir Bad Boy Records, lui aurait-il dit. Je pense qu'ils sont liés à la fusillade. » Les ennemis de Tupac devenaient les ennemis de Suge.

Les camps étaient désormais bien tracés et les Source Awards n'étaient que le début de ce qui est devenu plus tard la guerre East Coast/West Coast. Même s'il n'y avait aucune preuve de l'implication de P. Diddy et de Biggie dans l'attaque, Tupac était persuadé du contraire. Sa capacité à convaincre Suge a donné naissance à un conflit qui finira par lui coûter la vie, et celle de Biggie. Les conditions exactes de ces assassinats sont toujours inconnues.

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