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  • Publié par Funky Thug
  • sam 05 nov. 16 - 22:25
  • Genre: rap
  • 526 vue(s)

Article: de Vincent Schmitz

Danny Brown, le plus punk des rappeurs actuels, a sorti son nouvel album en avance, deux jours avant la date annoncée. "Atrocity Exhibition" est son 4e album et le premier sur le label électro Warp. Un rappeur punk électro? Puisqu'on vous dit qu'il a toujours été en avance.

Annoncé vendredi et sorti cette nuit, "Atrocity Exhibition" est le dernier album très attendu de Danny Brown, titre inspiré par le roman de J.G. Ballard ("La foire aux atrocités", en français) et la chanson du même nom de Joy Division. Naviguant en solo dans le monde du hip-hop américain, ce rappeur de 35 ans a mis deux ans à écrire et un an à enregistrer ce nouveau projet, une éternité dans ce milieu hyperproductif. 

On retrouve notamment à la production Evian Christ, The Alchemist, Black Milk et Paul White; et au micro B-Real, Petite Noir ou Kelela. Trois morceaux avaient été diffusés la semaine dernière, dont la petite bombe "Really Doe" avec l'omniprésent Kendrick Lamar, Ab-Soul et Earl Sweatshirt, mettant à peu près tout le monde d'accord et augmentant encore les attentes pour ce personnage hybride, cérébral et instinctif, entre punk électro et rap. Danny Brown en avance, la règle de 3.

Par sa musique

Capable de passer d'instrus techno à des riffs de guitare ou des beats quasi old school, les musiques torturées sur lesquelles posent ce natif de Detroit brassent tant d'influences et de sons divers qu'il est difficile de le catégoriser. Bruyant mais technique, une énergie rock sur nappes synthétiques et sombres, on peut passer d'un trip sous Adderall (amphétamine stimulante) à un relatif calme sous molly (ecstasy euphorisante). Deux formes de drogues qu'il avoue consommer. 70.000 dollars (soit environ 62.000 euros) ont par ailleurs été dépensés uniquement en droits pour les samples de ce "Atrocity Exhibition".

C'est en 2013, avec son 3e album "Old", et son premier "vrai" (c'est-à-dire vendu en magasin), que Danny Brown prend une nouvelle dimension après avoir beaucoup fait parler dans l'underground. L'album se classe 4e au Top R&B/Hip-Hop Albums et 18e au Billboard 200, est produit entre autres par A-Trak et BadBadNotGood et on y retrouve Schoolboy Q, ASAP Rocky et Ab-Soul mais aussi Purity Ring et Charli XCX. 

"Old", précédemment intitulé "ODB" (en référence à Ol' Dirty Bastard), se voulait moins "humoristique" que le précédent, "XXX" (pour 30, l'âge du chanteur à sa sortie). "Avec XXX, tu rigolais pendant l'écoute et avec le temps, quand il était fini, tu étais genre Oh, c'était pas si marrant finalement. Celui-ci, quand c'est fini, tu rigoles de manière hystérique. Ce n'est pas forcément ce qui est dit pendant l'album mais l'album en lui-même. Genre je peux pas croire qu'il ait fait ça," expliquait-il à HipHopDX. "Si les gens s'attendent à des vannes à la suce ma bite, il n'y en a pas tellement cette fois", ajoutait-il à Pitchfork.

Zinzin
Avant la reconnaissance "Old" il y a en effet eu "XXX" en 2011, qui le fera connaître dans les milieux alternatifs et fera le bonheur des critiques musicaux en pointe. Avec les prods très électro, il dénote mais impose son nom au-delà du rap. On y retrouve 24 petits titres synthétiques et bruyants, parmi lesquels le  bien nommé "Die like a rockstar". Son image de zinzin du rap se dessine. "Depuis sa sortie, les gens découvrent ce que je savais déjà, ce n'est pas un problème pour moi. Si les gens se disent Il est fou!, je l'ai su toute ma vie. C'est la pointe de l'iceberg," racontait-il. Quelques mois plus tard sortent un EP collaboratif avec Black Milk, "Black Brown", et le jouissif "Black Brad Pitt".

C'est son père et Napster qui l'ouvriront à la musique. "J'ai eu une chouette enfance parce que mes parents était jeunes donc ils savaient ce qui était cool. J'écoutais toutes les nouveautés hip-hop grâce à mon père. En plus il était DJ house, donc j'ai aussi été élevé dans tout ça. Ils savaient que j'aimais la musique et ils m'ont encouragé dans cette voie," expliquait-il à Complex. "Mes parents voulaient nous garder à la maison donc on était les premiers à avoir Internet à la maison. On avait Napster et je téléchargeais de la musique comme un fou. J'ai comemencé à m'intéresser de plus en plus à la musique underground, à des trucs comme Def Jux. J'ai commencé à lire Blender, à écouter du Grime. Et aussi, avant ça, j'ai commencé à écouter Korn et Rage Against The Machine parce que je voulais voir comment c'était le rock, habituer mes oreilles à ce truc. Maintenant je peux écouter des trucs comme Joy Division et toutes sortes de rock dingue. J'étudiais la musique en général, je savais ce que je faisais."

Par sa voix

Imaginez B-Real (de Cypress Hill, en invité sur ce dernier album) qui couvre la voix des Beastie Boys après une bonne dose d'hélium et vous aurez une idée du niveau d'intolérance que la voix de Danny Brown peut atteindre sur certains morceaux. Directement identifiable, sa voix haut perchée et cette manière de rapper en (c)riant font aussi partie de son personnage. Il l'a trouvée avec son premier album studio (après neuf mixtapes de 2007 à 2010), "The Hybrid", sur la chanson du même nom. 

Bébé rappeur prodige
Mais sa voix modulable s'adapte à l'ambiance des titres, comme son flow beaucoup plus travaillé qu'il n'y paraît à la première écoute. "Je n'ai jamais appris à rapper. D'aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours su rapper. Je disais par exemple "Dad, Bad". Je suppose que j'étais un bébé rappeur prodige. Quand j'ai commencé à parler, j'ai parlé en rimes. Quand j'étais bébé, ma mère me lisait toujours les livres de Dr. Seuss (livres pour enfants écrits en rimes, ndlr)." Il continuera à rapper toute sa vie, au début en imitant. Nas, surtout. Sa chanson favorite est d'ailleurs "The World is Yours".

Connu pour évoquer des thèmes parfois classés X ou ses saillies provocatrices, il est aussi capable de dépeindre subtilement la réalité de villes comme Detroit, comme ses illustres prédécesseurs. Elevé par des parents qui tentaient par tous les moyens de le préserver en le gardant à la maison, en lui achetant par exemple beaucoup de jeux vidéo, il finira quand même en prison pendant huit mois. Pour un bref trafic de drogue à la suite duquel il restera planqué pendant cinq ans, avant de se faire finalement arrêter.

Par sa dégaine

Son style aussi a contribué à décloisonner les genres. Si Young Thug peut maintenant se permettre de poser en robe sur sa dernière mixtape, il y a 10 ans, les portes n'étaient pas aussi larges. A tel point que son style vestimentaire l'empêchera de rejoindre G-Unit Records, 50 Cent n'étant pas fan de ses jeans ajustés. 

Quand il rencontre en effet Tony Yayo, de G-Unit, présent à Detroit pour un tournage, ce dernier est impressionné par les son de Brown. Il l'introduit à 50 Cent, qui va dans le même sens. Mais il apprécie beaucoup moins son style: une dentition aléatoire (deux dents cassées remplacées par de fausses dents qui ont  tendance à retomber), des cheveux approximatifs, pas de baggy mais des jeans serrés. Bref une allure de rock star. L'association ne se fera pas. 

"Au final, je n'ai aucun ressenti enver Fifty, c'est un bon nigga. J'ai toujours su ce que je faisais. Eux, ils ne savaient pas ce que je faisais. Ils ne comprenaient pas les critiques élogieuses que j'avais dans Pitchfork pour The Hybrid. Ils ne savaient même pas ce qu'était ce putain de Pitchfork. (...) "La manière dont je m'habille c'est parce que je fais ce que je veux. J'ai l'impression que c'est une sorte de détecteur. Si un mec ne peut pas me sentir à cause de mes cheveux ou de la manière dont je m'habille, alors c'est le genre de gars avec qui je ne veux pas traîner de toutes façons."

Singulier enfant

Cette singularité s'explique aussi par son enfance. Né Daniel Dewan Sewel à Detroit, la ville qui a vu naître la techno, en 1981, le rappeur a dès son plus jeune âge connu une vie différente. Ses parents sont jeunes, 16 ans et 18 ans, lors de sa naissance. Une grand-mère philippine, "ce qui était vraiment bizarre dans un quartier noir", avait investi dans l'immobilier et on ne manque pas forcément d'argent mais dans une ville dure comme Detroit, tout est relatif. 

La famille ainsi plusieurs même maisons, côté ouest, réputée moins dure. "Sur la côte est, je me faisais tout le temps frapper (rires). Je ne connaissais personne là-bas et je suis le plus vieux de trois frères. Et puis, je ne suis pas ce genre de gangster. On était les enfants qui avaient plus que les autres," expliquait-il à Complex. "On ne sortait jamais de la maison. Et quand on en sortait, on avait de plus beaux vêtements, de plus belles chaussures. Mais côté est, tout le monde était crado. Ils avaient de l'argent mais ils ne souciaient pas de l'apparence. Tout ce qui comptait c'était être un gangster. Si tu avais de l'argent, c'etait pour des armes et des chaînes en or."

Le cul entre plusieurs chaises, couvé par les jeux vidéo et la musique, Danny Brown cultive sa différence en brassant ses nombreuses influences. Si son image de joker punk interdit aux mineurs lui colle autant à la peau que son phrasé nasillard, l'iceberg est plus riche que le bout qui dépasse. Pour les plus aventureux, il sera au Trix à Anvers le 19 novembre prochain. 

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